Retour aux comparatifs

Autoconsommation ou Revente Totale ?

Franck Savard, Directeur général chez PV Solaire Aquitaine
Par Franck Savard, Directeur général chez PV Solaire Aquitaine ·

Les deux modèles économiques du solaire photovoltaïque en Gironde

Lorsqu'un particulier ou un professionnel installe des panneaux solaires sur son toit en Gironde, il se retrouve face à un choix structurant qui conditionne l'ensemble de la rentabilité de son projet sur vingt ans : vendre toute sa production à EDF ou consommer lui-même l'électricité qu'il produit et revendre uniquement ce qu'il ne consomme pas. Ces deux approches sont désignées par les termes revente totale et autoconsommation avec surplus.

La revente totale, aussi appelée vente en totalité, consiste à injecter l'intégralité de la production solaire sur le réseau public. Le producteur reste client de son fournisseur d'électricité pour ses besoins domestiques et perçoit en contrepartie un tarif d'achat réglementé pour chaque kilowattheure produit. Ce modèle était très répandu dans les années 2010, quand les tarifs d'achat atteignaient 0,60 €/kWh ou davantage. Depuis, les conditions ont radicalement changé.

L'autoconsommation avec surplus, introduite par la loi de transition énergétique et structurée par les arrêtés successifs depuis 2017, repose sur une logique inverse : on consomme en priorité ce que l'on produit, on injecte sur le réseau ce que l'on ne consomme pas, et on perçoit un tarif de rachat pour ce surplus. Ce modèle bénéficie en plus d'une prime spécifique versée par le gestionnaire de réseau. C'est aujourd'hui le cadre de référence pour les installations résidentielles en France, et particulièrement pertinent dans un département comme la Gironde.

Comment fonctionne l'autoconsommation avec surplus

En autoconsommation avec surplus, votre installation photovoltaïque alimente directement votre logement. En journée, quand vos panneaux produisent de l'électricité, cette énergie est consommée en priorité par vos équipements — chauffe-eau, lave-linge, réfrigérateur, box internet, climatisation réversible. Ce que vous produisez mais ne consommez pas au même instant est automatiquement injecté sur le réseau public, via un compteur Linky configuré pour mesurer les flux dans les deux sens.

Pour chaque kilowattheure injecté, vous percevez un tarif de rachat de 0,1269 €/kWh fixé par arrêté ministériel (tarif en vigueur pour les installations de puissance inférieure ou égale à 9 kWc au quatrième trimestre 2025, révisé trimestriellement). Ce tarif, bien que modeste comparé au prix de l'électricité consommée sur réseau, constitue un revenu régulier qui vient compléter les économies réalisées par l'autoconsommation directe.

En plus du tarif de rachat du surplus, les installations en autoconsommation bénéficient d'une prime à l'autoconsommation versée par EDF OA pendant cinq ans. Son montant dépend de la puissance installée :

  • Jusqu'à 3 kWc : 320 €/kWc, soit un maximum de 960 € pour 3 kWc
  • De 3 à 9 kWc : 190 €/kWc pour la tranche supérieure à 3 kWc
  • Pour un kit 6 kWc : 960 € + 3 × 190 € = 1 530 €, versés sur 5 ans
  • Pour un kit 9 kWc : montant maximal de 2 100 € sur 5 ans

Cette prime est dégressive dans le temps — son montant baisse à chaque révision trimestrielle — ce qui justifie de ne pas trop reporter son projet d'installation. Pour un foyer girondain à Bordeaux, au Teich ou à Libourne, l'autoconsommation avec surplus représente un double levier d'économies : moins d'électricité achetée au réseau, et une recette sur l'énergie excédentaire.

Comment fonctionne la revente totale

Dans le schéma de revente totale, toute l'électricité produite par vos panneaux est vendue à EDF Obligation d'Achat (EDF OA), quelle que soit votre consommation propre au moment de la production. Vous achetez votre électricité normalement auprès de votre fournisseur et vous percevez le tarif d'achat S24 pour chaque kilowattheure produit. Ce tarif est actuellement d'environ 0,1079 €/kWh pour les installations de puissance inférieure ou égale à 9 kWc.

Ce tarif est garanti sur vingt ans, ce qui peut sembler rassurant. Mais il présente plusieurs inconvénients majeurs. D'abord, il est sensiblement inférieur au tarif de rachat du surplus en autoconsommation (0,1079 €/kWh contre 0,1269 €/kWh). Ensuite, et surtout, il ne s'accompagne d'aucune prime à l'autoconsommation. Enfin, dans ce modèle, vous ne bénéficiez pas de la valorisation directe de votre production, c'est-à-dire que vous continuez à payer plein tarif l'électricité que vous consommez — environ 0,25 à 0,27 €/kWh avec les taxes actuelles — sans jamais pouvoir compenser avec votre propre production.

La revente totale nécessite un contrat d'obligation d'achat distinct, une procédure de raccordement spécifique avec Enedis, et un compteur dédié pour mesurer la production injectée. Ce modèle était conçu pour des installations plus importantes ou pour des acteurs qui souhaitent gérer leur production comme un actif financier indépendant de leur consommation.

Tableau comparatif chiffré pour un kit 6 kWc en Gironde

La Gironde bénéficie d'un ensoleillement supérieur à la moyenne nationale, avec environ 1 350 à 1 450 heures d'ensoleillement annuel et une production estimée à 1 100 à 1 200 kWh par kWc installé selon l'orientation et l'inclinaison. Pour un kit de 6 kWc bien orienté (plein sud, incliné à 30°), la production annuelle tourne autour de 7 000 à 7 200 kWh/an. Ces hypothèses servent de base à la comparaison ci-dessous.

CritèreAutoconsommation avec surplusRevente totale
Investissement net (TVA 10%)12 500 € — prime déduite : ~10 970 €12 500 € — pas de prime : 12 500 €
Revenus/économies année 1~1 350 € (économies directes + rachat surplus + prime)~756 € (7 000 kWh × 0,1079 €)
Cumul sur 10 ans~13 500 €~7 500 €
Cumul sur 20 ans~28 000 à 32 000 €~15 120 €
Retour sur investissement8 à 10 ans16 à 18 ans
Sensibilité à la hausse de l'électricitéForte (chaque hausse augmente les économies)Nulle (tarif fixe déconnecté du marché)
Prime autoconsommation1 530 € versés sur 5 ans0 €

Ces chiffres reposent sur un taux d'autoconsommation de 40 % (foyer consommant 5 500 kWh/an, présent en journée une partie du temps). Pour un foyer avec des usages décalés ou une batterie, les économies en autoconsommation peuvent être nettement supérieures.

L'évolution des tarifs d'achat : une tendance incontournable

Comprendre l'évolution historique des tarifs d'achat est indispensable pour mesurer l'attractivité réelle de la revente totale. En 2010, les tarifs d'achat en France atteignaient 0,58 €/kWh pour la revente totale, ce qui rendait le modèle extrêmement rentable même sans aucune autoconsommation. Les installations de cette époque se sont amorties en sept à dix ans sur la seule base du tarif de rachat.

Depuis lors, ces tarifs baissent de manière régulière et mécanique à chaque révision trimestrielle, en application d'un mécanisme de dégressivité voulu par le régulateur pour refléter la baisse des coûts d'installation. Le tarif S24 de revente totale pour les installations de moins de 9 kWc est passé de plus de 0,30 €/kWh en 2014 à environ 0,1079 €/kWh en 2026. Le tarif de rachat du surplus en autoconsommation suit la même tendance, mais reste légèrement supérieur.

Pour les nouveaux projets, cela signifie concrètement que chaque trimestre d'attente réduit légèrement la prime à l'autoconsommation et les tarifs de rachat. Les tarifs garantis sur vingt ans s'appliquent aux conditions en vigueur au moment de la mise en service — l'enregistrement de votre projet auprès de la CRE et la date de raccordement définissent votre barème pour deux décennies. En revanche, en autoconsommation, les économies sur la facture d'électricité ne dépendent pas de ce tarif : elles évoluent avec le prix du marché de l'électricité, ce qui constitue un avantage structurel face à une tendance haussière attendue.

L'impact du prix de l'électricité sur chaque modèle

C'est ici que les deux modèles divergent radicalement dans leur logique financière à long terme. En autoconsommation, chaque kilowattheure que vous produisez et consommez directement vous évite d'acheter cette électricité au réseau. Concrètement, si le prix de l'électricité est aujourd'hui d'environ 0,26 €/kWh (tarif réglementé 2026 avec taxes) et qu'il augmente de 3 % par an — ce qui correspond à la tendance historique en France — alors vos économies directes progressent chaque année sans que vous n'ayez rien à faire.

Sur vingt ans, avec une hausse annuelle de 3 %, le prix de l'électricité réseau pourrait atteindre 0,43 à 0,47 €/kWh. Chaque kWh autoconsommé vaudra alors presque le double de sa valeur actuelle. C'est un effet de levier considérable qui ne s'applique qu'à l'autoconsommation directe.

En revente totale, le tarif d'achat est figé au niveau contractuel du jour de la mise en service. Si vous contractualisez à 0,1079 €/kWh en 2026, vous percevrez ce tarif jusqu'en 2046, quelle que soit l'évolution du marché de l'énergie. Cette certitude a de la valeur, mais elle vous prive totalement du bénéfice de la hausse prévisible du coût de l'électricité. De plus, vous continuez à payer l'électricité au prix du marché pour votre propre consommation, sans jamais la compenser par votre production.

Le taux d'autoconsommation : la clé de la rentabilité

En autoconsommation avec surplus, le paramètre le plus déterminant n'est pas la quantité d'électricité produite mais la part de cette production que vous consommez vous-même. C'est ce qu'on appelle le taux d'autoconsommation.

Sans aucune optimisation particulière, un ménage girondain consommant 5 000 à 6 000 kWh par an avec une installation de 6 kWc atteint naturellement un taux d'autoconsommation de 30 à 40 %. Cela signifie que 30 à 40 % de la production est immédiatement utilisée dans le logement, le reste étant injecté sur le réseau au tarif de 0,1269 €/kWh.

  • 30 à 40 % sans optimisation : profil standard, foyer en déplacement en journée, peu d'équipements actifs pendant les heures de production
  • 50 à 60 % avec décalage des usages : programmation du lave-linge et du lave-vaisselle en milieu de journée, chargement en heures de pointe solaire, chauffe-eau solaire thermodynamique ou résistance pilotée
  • 70 à 80 % avec batterie de stockage : une batterie de 5 à 10 kWh permet de stocker l'énergie produite à midi pour la consommer le soir, multipliant les économies directes mais représentant un investissement supplémentaire de 5 000 à 10 000 €

En Gironde, les longues journées estivales offrent des pointes de production très marquées en juin et juillet. Sans stockage, une large fraction de cette production est injectée sur le réseau. Avec une batterie ou une optimisation intelligente des usages, le potentiel d'autoconsommation est réel et peut considérablement améliorer le retour sur investissement.

Simulation sur 20 ans en Gironde : l'atout du climat océanique tempéré

La Gironde bénéficie d'un climat océanique tempéré aux caractéristiques particulièrement favorables pour le photovoltaïque. Les hivers sont doux — les températures descendent rarement sous 0°C, ce qui évite les problèmes de givre prolongé sur les panneaux. Les étés sont ensoleillés mais rarement caniculaires avec des températures extrêmes, ce qui est favorable aux cellules photovoltaïques : les panneaux voient leur rendement baisser lorsque la température dépasse 25°C (perte d'environ 0,4 % par degré au-dessus de la température de référence). Un été tempéré comme celui du Teich ou de Bordeaux préserve donc mieux les performances qu'un été marseillais.

Du Bassin d'Arcachon à Saint-Émilion, en passant par le Médoc, Arcachon et Libourne, la zone bénéficie d'une irradiation solaire globale horizontale de l'ordre de 1 400 à 1 500 kWh/m²/an, avec un pic de production concentré sur les mois d'avril à septembre. La production mensuelle suit un profil en cloche caractéristique des latitudes atlantiques tempérées.

Pour un kit de 6 kWc installé au Teich, la simulation sur vingt ans donne les résultats suivants :

PériodeAutoconsommation avec surplusRevente totale
Années 1 à 5Économies + prime : ~7 000 €Revenus rachat : ~3 780 €
Années 6 à 10Économies croissantes (élec. +3%/an) : ~7 500 €Revenus rachat stables : ~3 780 €
Années 11 à 20Économies nettement supérieures (élec. à ~0,35 €/kWh en an 15) : ~17 000 €Revenus rachat stables : ~7 560 €
Total cumulé sur 20 ans~31 500 €~15 120 €
Bénéfice net (après investissement ~11 000 €)+20 500 €+2 620 €

Ces projections intègrent une dégradation annuelle des panneaux de 0,5 % par an (standard pour les panneaux monocristallins actuels, garantis à 80 % de leur puissance nominale à 25 ans), et une hausse du prix de l'électricité de 3 % annuels en autoconsommation. L'avantage de l'autoconsommation se creuse de façon sensible à partir de la dixième année, à mesure que le prix de l'électricité augmente.

Les contraintes administratives des deux modèles

Sur le plan administratif, les deux options ne suivent pas les mêmes procédures et n'impliquent pas les mêmes contrats. Il est important d'en avoir conscience avant de choisir.

Autoconsommation avec surplus

Pour une installation de puissance inférieure ou égale à 3 kWc, la procédure est simplifiée : une déclaration préalable en mairie (sauf exception), une demande de raccordement auprès d'Enedis via le formulaire CACSI, et la signature d'une convention de raccordement et d'exploitation avec Enedis. Le contrat de rachat du surplus est ensuite signé avec EDF OA. Le compteur Linky existant est généralement suffisant pour mesurer les flux. Les délais sont de l'ordre de deux à quatre mois entre la demande et la mise en service.

Pour les installations de 3 à 9 kWc, le parcours est identique mais la demande de raccordement peut impliquer des travaux supplémentaires côté réseau, à la charge d'Enedis. La déclaration en mairie est obligatoire, et un permis de construire peut être requis selon les règles d'urbanisme locales — à vérifier en particulier dans les zones protégées du vignoble de Saint-Émilion ou des abords du littoral arcachonnais.

Revente totale

La revente totale nécessite un contrat d'achat obligatoire distinct, un compteur de production dédié installé par Enedis, et une procédure de raccordement souvent plus lourde. Le délai de raccordement peut être plus long. Une fois la mise en service effectuée, le producteur est lié par son contrat de vingt ans sans possibilité de revenir à l'autoconsommation sans démarches importantes et coûteuses. Ce point mérite attention : en cas d'évolution de vos besoins ou d'installation d'une borne de recharge ou d'une pompe à chaleur, le schéma de revente totale ne permet aucune adaptation.

Point d'attention : Depuis le 1er janvier 2024, les nouvelles installations en revente totale de moins de 9 kWc ne bénéficient plus d'un tarif bonifié lié à l'intégration au bâti. Le tarif S24 s'applique uniformément. En revanche, les installations en autoconsommation avec surplus peuvent bénéficier d'une TVA à 10 % si la puissance est inférieure ou égale à 3 kWc (résidences de plus de deux ans), ce qui réduit mécaniquement le coût d'investissement.

Revente totale : pour qui encore en 2026 ?

Malgré ses limites, la revente totale conserve une pertinence dans quelques situations spécifiques.

  • Résidences secondaires peu occupées : si vous disposez d'une maison dans le Médoc ou sur le Bassin d'Arcachon que vous n'occupez que quelques semaines par an, votre taux d'autoconsommation serait structurellement très bas. La revente totale garantit un revenu sur la production quelles que soient les périodes de présence.
  • Bâtiments tertiaires avec faible consommation en journée : une salle communale, un local associatif ou un petit entrepôt peu actif en semaine peut avoir intérêt à revendre la totalité si aucun usage ne coïncide avec les heures de production.
  • Propriétaires souhaitant une gestion entièrement passive : certains propriétaires préfèrent recevoir un chèque mensuel sans se préoccuper de décaler leurs usages ou d'optimiser leur consommation. La revente totale offre cette simplicité.
  • Investissements locatifs : dans le cadre d'un bien en location, le propriétaire n'a pas la main sur les usages. La revente totale évite les complexités de facturation liée à l'électricité produite.

Pour tous les autres profils — c'est-à-dire la grande majorité des propriétaires occupants en Gironde — l'autoconsommation avec surplus est aujourd'hui clairement plus avantageuse, tant financièrement que dans sa logique d'optimisation énergétique.

À retenir : En France, le passage de la revente totale à l'autoconsommation en cours de contrat est techniquement possible mais suppose de rompre son contrat de vente en totalité, de faire modifier le raccordement par Enedis, et de signer un nouveau contrat de rachat du surplus. Ce processus peut durer plusieurs mois et engendrer des frais. Il vaut mieux choisir le bon modèle dès le départ.

Notre verdict : l'autoconsommation avec surplus, choix optimal en 2026 pour les particuliers en Gironde

Pour un propriétaire occupant en Gironde — qu'il habite Bordeaux, Le Teich, Arcachon, Libourne, Pauillac ou Langon — l'autoconsommation avec surplus s'impose comme le choix rationnel en 2026. Voici pourquoi.

  • Le bénéfice de la prime à l'autoconsommation (jusqu'à 1 530 € pour 6 kWc) améliore immédiatement le retour sur investissement
  • Le tarif de rachat du surplus (0,1269 €/kWh) est supérieur au tarif de revente totale (0,1079 €/kWh)
  • Chaque kWh autoconsommé vaut 0,26 € aujourd'hui et davantage demain, contre 0,1079 € en revente totale
  • La flexibilité du modèle permet d'ajouter une batterie, une borne de recharge ou une pompe à chaleur sans remettre en cause le contrat
  • Le retour sur investissement est deux fois plus rapide qu'en revente totale : 8 à 10 ans contre 16 à 18 ans
  • Le bénéfice net sur 20 ans est plus de sept fois supérieur en autoconsommation avec surplus

Le climat girondain, avec ses hivers doux limitant les périodes sans production et ses étés tempérés préservant les rendements, est particulièrement adapté à ce modèle. La production reste régulière sur dix mois de l'année, ce qui permet d'amortir l'investissement de manière lissée. Les quelques semaines de production faible en décembre-janvier sont compensées par des mois d'avril à septembre très productifs.

Si vous souhaitez aller plus loin dans votre réflexion ou obtenir un devis précis pour votre situation en Gironde, des simulateurs en ligne et des professionnels certifiés RGE (Reconnu Garant de l'Environnement) peuvent vous accompagner dans ce choix et dimensionner l'installation en fonction de votre profil de consommation réel.

Pour aller plus loin

Sources

Installation de Panneaux Solaires dans votre ville

Appeler Devis gratuit